« Mur de compréhension » (Mur… mur)
Jusque ici je peignais. Le thème de « Mur… mur » m’ayant incitée à regarder la salle comme une caisse – de résonance -, je me suis aventurée à mes risques et périls dans les trois dimensions. Peut-être aurais-je pu en rester là, mais il se trouve qu’une rencontre fortuite avec la philosophie a elle aussi influencé ma pratique. Il m’est devenu dès lors indispensable de considérer également l’espace-temps habité par l’esprit et d’explorer ainsi la quatrième dimension. La question posée étant : « Comment relier le monde concret à celui des idées ? »
Il m’a souvent semblé que j’avais un choix à faire : servir mon art ou philosopher, comme si ces deux disciplines ne pouvaient cohabiter, l’intelligible et le sensible se faisant concurrence dans l’occupation de mon temps. Je me suis fréquemment reproché de déserter l’atelier pour la lecture, pourtant la philosophie attribuait un surcroît de sens à mes actes et je ne pouvais me résoudre à trancher.
Ce mur d’incompréhension dressé en travers de mon chemin devait être franchi d’une façon où d’une autre. L’impérieuse recherche de sens qui me talonnait m’interdisait de capituler, mais avaler les deux volumes de l’Esthétique de Hegel aurait causé ma perte. J’ai donc décidé de tenter une réconciliation entre une exploration de cette pensée fascinante, par trop chronophage, et la matière qui est mon territoire identitaire. Il m’a finalement semblé possible de dépasser cette opposition, en transformant symboliquement cette exigence en un… mur de compréhension.
C’est ainsi que les deux tomes de l’Esthétique de Hegel ont servi de peau aux matériaux qui ont façonné ce mur, rendant hommage à cette pensée de façon tangible.
Annette GENÊT