DES MOTS A L'IMAGE, (cliquez sur les mots bleus) 
L'AUDACE DE L'ARTISTE
Réflexion sur une démarche artistique.


                                                 


ET DES CHOSES POETEUSES...

ADIOS AMIGO

Je me suis accrochée à cette bouffée de bonheur comme à une évidente réalité, un point de repère durable.
Un môme en patins à roulettes était collé à l’arrière d’un autobus.
Le ciel s’est assombri sans que je m’en aperçoive.
Le bonheur a pris l’aspect d’une dragée de baptême - obscène.
Une minuscule goutte de honte s’est évaporée sur le trottoir du supermarché.
Devant la voiture j’ai pensé, sans qu’il y ait une raison particulière : maintenant je vais être heureuse, c’est le moment, c’est décidé !
Le môme a lâché prise, le bus s’est éloigné.
La voiture a vieilli.
Un copain a rejoint les étoiles.

7 septembre 2005



ETHYL, OU EST-IL?

Aujourd’hui, tu te tends vers lui et il n’y est pas.
Lui, qui connaît toutes tes cavités, s’est absenté de lui-même.
Tes bras enlacent un néant repoussant, tu sens l’odeur de la camarde derrière cette enveloppe inhabitée, et la garce est bien là qui guette du fond du gouffre.

Avant les vies elle prendra l’amour, la rusée sait bien que le bonhomme se haïra au réveil. Ce sera la première passe.
Ensuite tout ce qu’il y a de si aimable en lui t’échappera, ce sera la seconde défaite, et, portant aisément l’ultime assaut, elle éteindra ton désir pour que soit son éternité glaciale.

Tu attendras encore et tu supplieras le destin que celui que tu aimais revienne en lui, parce que rien ne pourra le remplacer, mais en vain.

19 janvier 2005 



TOMBEE DANS LE PANNEAU

Les poètes sont des raseurs
Avec leurs maux qui font des mots
Croyant qu'ils vont tromper leurs peurs
Ils se drapent dans leur mélo

Nous qui sommes de vrais nigauds
Idiots, louant ces envolées
Prêtons l'oreille, gros ballots
Nos poids des leurs en sont lestés

Si seulement ces casse-pieds
Pour oublier tous leurs soupirs
Pouvaient cesser de rédiger
Et jouir de la vie sans rougir!

10 janvier.2005




DORS LA BÊTE, DORS!

Cette saleté s’est installée lourdement, bien calée dans la zone du plexus, elle attend.
La voilà sournoise qui épie les moments d’inattention pour s’emparer des images, pour fabriquer ses mots qui fouettent l’air et ses phrases qui percent le coeur.

Veille, garde, protège!
Ecrire, dernier recours quand la peinture ne peut plus…

Les lettres courent sous les doigts, les pieds s’emmêlent dans la syntaxe, les lignes s’allongent, insensées. Je saisis les bribes, recompose, coupe, copie, colle. La bête distraite s’assoupit doucement, mais attention elle est dans les lieux.

Dire l’absurde - l’épouvante - le vide,
Dire le rien - pour rien, juste pour dire,
Mais dire encore et survivre jusqu’à la prochaine minute
Et qui sait vivre peut-être?

Tiens, l’innommable dort profondément
C’est le moment d’éteindre la lumière.


Décembre 2004 




DU COURRIER POUR L'AU-DELÀ 

Meurs, crève souffrance d’amour !
J’te rembobine, j’te zappe, j’te winzip et j’te forward en zep, t’es qu’un trou de sécu. Retour à mon géniteur, icelui expéditeur qui êtes odieux et ne méritez pas les larmes qui mélangent les mots sur l’enveloppe. 

- C’est combien pour l’enfer ? Ah, on ne délivre pas ? Et pour Dieu ?
- Parti sans laisser d’adresse…
- Allez viens petite on s’en va.


1er septembre 2003




MA GUENILLE, MA GUENON

Arrête-toi, tu me mords le cœur, de cette présence qui n’en finit pas de ne pas apparaître, amour distant, improbable oued
- mirage, vide brûlant qui creuse le ventre et déconstruit l’âme, tu désintègres mon existence.

Solitude, où sont ces jours trop joyeux où je te désire tellement ? Et ces précieuses envolées vers mon atelier - moments merveilleux capturés au trop plein de la vie ?
Aujourd’hui mes contours incertains me rappellent mon impuissance à repousser – à toucher – à rattraper des limites depuis trop longtemps hors de ma portée : néant inhumain d’un tout petit, battant l’absence de ses bras inutiles.

Souffrance odieuse, au son de la voix de l’être aimé, l’idée du malheur devient absurde.

Et puis tout de même, présence du chat, désespoir feutré enveloppé de ce ronronnement normal, bouffée câline sur profil félin, ce petit rien qui change le tout…


31 août 2003




A MON CABOSSE

A toi mon enfant des favelas, toi mon animal meurtri, ma petite bête méfiante, mon tout petit survivant de tes holocaustes nocturnes…
A toi qui furtif surveille dans l'ombre les taches de désespoir laissés par tous les mal grandis, mon enfant des rues livré à la jungle des abandons…
A toi mon pauvre coeur devenu méchant à tes fuites éperdues, à tes colères éclatées, à ta vigilance de petit salopard, à ta beauté cruelle…
A toi mon très jeune rebelle, mon chien pelé, j'offre l'espace de la haine et le luxe du meurtre fantasmé, j'offre la liberté de cette rage magnifique.
Je t'accueille et te reconnais mien, tu es celui qui tient par la main une petite fille d'amour infini et de tendre confiance. Toi le vilain, le rebutant, je t'aime aussi, je t'aime ainsi. J'ai tant besoin de toi mon instinct.

Juin 2003 



MOMENT D'ABSENCE

Thé mordoré souligné du violon des romances du grand Ludwig - espace vacant de l’aimé, son visage, sa voix flottent dans ma mémoire - avec la fonte des larmes suaves sur le ravin des rides, blessures léchées par l’amour, cicatrices qui exposent l’âme… 

O aimer à en vivre, là où folie devient sagesse !
Temps plein et sacré de la résurgence des êtres, amour, une fois encore absent, d’un dimanche matin, merci pour cet instant délicat !

24 août 2003




LES ENFANTS DE L'AMOUR

Pas question de se contenter de tendre des bras d’enfant meurtrie en direction d’un fantôme ! Ecran plaqué sur mes désirs aux ailes fragiles, hyène, venin persistant d’un abandon désastreux ! 

Affronter l’Amour en tant que pair, ni père, ni pépère ! Mettre au monde le fruit de deux êtres libres - engendrer une entité vivante, bien droite sur ses pattes ! Cajoler sans mesure ce rôle d’amante ! 

Au peigne fin les attentes exsangues : débusquer les guenilles de l’enfance affamée, passagère clandestine du chariot d’Aphrodite, désir vorace d’une impossible réparation.
Un jour tu seras grande !

2 septembre 2003




GRANDILOQUENCE ELECTORALE

O comme je suis superbe et loquace
O voyez-moi O écoutez-moi
Visages levés vers ma hauteur
Buvant ma parole divine
La poussière ne m’atteint plus
Le regard perdu sur l’horizon
J’inscris mes superbes divagations
Sur chaque aurore
Chaque arc-en-ciel
Chaque crépuscule
Tout ce qui est grandiose
Tout ce qui est immense
Dans vos télévisions
Modestes supports
Pour qui ne souffre
Que contre-jours
Je vous prie de bien vouloir
Considérer au travers la loupe
Le vermisseau ainsi magnifié
Ne me défaites pas de mes grands mots
Vous n’y trouveriez qu’humaine misère
Surtout ne retournez pas les jumelles
Et offrez-moi donc cet instant de ridicule oublié.

25 mars 2002






LE FRUIT DU NENUPHAR

Je porte entre mes mains un bol rond, celui du petit déjeuner
Pendant les quelques pas qui nous séparent de la table je deviens religieuse 

Sublime, une voix de femme chante Robert Schuman cristalline et profonde
Titre : « Il a peur de l’amour » 

Le bol ainsi contenu devient ciboire, fruit légitime de l’esprit-eau du fond des temps
Dépenser ma vie en porteuse d’eau 
L’amour a dévasté mon âme, se soulever de terre, vénérer pour aimer 

Oublier la gueuse qui séjourne en ces lieux - l’amour se venge toujours, se souvenir
Où est le poète qui habite cet homme d’affaire
Marcher sur un courant d’air – rejoindre la tribu des Hommes sensibles
Cette exclamation surprise : je t’aime Toi dont je ne sais en qui tu es
En moi – en toi ? Tu n’appartiens pas tu envahis tu occupes 

Je suis à toi le temps de quelque songe et puis feu le feu
Il a passé par ici - il repassera par là
Comme je te désire.

25 mars 2002